Sous la marquise brisée

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j’ai perdu mes clés
si vous me retrouvez je suis à l’huis

quelque part c’est dimanche derrière l’une ou l’autre clenche
et je dors encore dans le matin mou qui précède la naissance

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Il y a un jour

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Nuit suivante, sois patiente*

je désire te dormir si profondément,

la joue posée sur demain

je rêve de nos noces, du riz entre les cils.

Ce soir, attendons tous les autres soirs et ensemble

procédons à la corruption de nos corps

Assoupis mon âme assouvie

Céleste ô Céleste, de tous les mots à venir je te caresse

espoir d’un somme qui serait la somme et toi, ma suivante sombre, mon ombre, l’acmé du monde, hennissante frémissante

 

* – ô l’empreinte de tes sabots à la porte de la chambre –

Le verger de la trinité

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Bruit de coups sourds.

est-ce que la chair est tuméfiée?

Bruit de coups rapprochés.

est-ce que la chair est mortifiée?

Lumière sur la Récitante, énorme et nue.

est-ce que la chair est putréfiée?

si seulement la chair se souvenait de ses efforts pour enchanter le monde de sa présence savoureuse

si seulement la chair retrouvait le mouvement de nos corps incandescents

si seulement la chair reprenait la position fœtale, ce secret bien caché qui garde au fond de soi le squelette tendre outremer

mais non!

c’est une question de peau de repos de dépôt, c’est une question d’accalmie dans le grand tumulte de la chair, l’exquise épouvante du plaisir – C’est pour mieux te manger

mon enfant – est-ce que la chair est lasse et le corps encore là? où demeure la chair?

Si seulement Si seulement c’était dans le verger qui s’ouvre s’ouvre juste devant ma porte mouchetée de soleil

 

In fine

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Les lanières de la ville claquent

fouet à la main je tiens la balade nocturne, croupe haute

pauvre bête harassée

Dans leur mue les lampadaires laissent leur peau de reptile

au pied des passants écaillés

Les escarpins connaissent ces pavés

et quand il faut grimper pour regagner la nuit

on s’endort au baiser de l’armoire tout là-haut là-haut

où les songes vont sauvages et les dents sans bouche

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Ce que j’appelle le vide?

la somme des disparitions, le plein de perdus de disparus,

l’infini méridien de l’absence

Au fond des âmes, l’immense repose sur le ventre dans un sommeil spectaculaire.

J’appelle le vide maître de céans,

assis ensemble et merveilleusement amants

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Ici j’ai trop existé je pourrais aller par là, voir si l’à venir viendra

mes yeux paraissent neufs mais peut-être est-ce l’espace qui est nouveau

La dimension de l’expérience se tient ailleurs

dans l’appartement d’une âme plus vaste et plus tranquille,

sous un ciel repeint

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Je cherche le double des clés.

J’ai su que la maison n’est plus

-grand réveil venteux –

j’ai su que toi non plus

Si je retrouve les clés c’est tout ce qu’il restera

plus de porte d’aucune sorte plus d’huis

J’ai rejoint les gardiens de trousseaux

et j’ai fait un collier de clés

le ciel emmêlé au double de mon âme

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J’esquisse une meilleure version de moi-même

remplacement urgent –  fin de semaine

j’ai besoin de plus d’endurance

et je rêve vraiment d’être prête mais dimanche je serai

toujours toute tumulte

inscrite dans la liste « Cuirasse et armature ».

Le blindage du langage garantira mon amélioration:

cette nouvelle version de moi dans une langue plus forte

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Doucement dans la lassitude et la nuit

repose-moi

que l’air même ne frémisse pas

repose-moi

N’ai-je pas mérité de me tenir immobile sur le monde?

repose-moi là où je fus prise autrefois

Comme des traits d’argent les souvenirs frétillent

et les fleurs ferment les yeux mauves de l’insouciance

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Ointe de courage je suis prête à me battre

extrême action de vivre

les pieds de la mort planent

où aller? le sol semble si haut, le ciel lointain

La mort palmipède flotte, ses plumes tombent des nues

à la barbe des songes, mort tu cancanes

Mes souliers sont défaits prête-moi tes pieds

je barbote dans l’étrange

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Petits chéris, démesurément aimés

joyeux, jappez sous mes jupes

partons en voyage

où se transforme la solitude en sucre

Je flatte vos encolures, vous hennissez splendides sonores

je dis Va je dis Vole

merveilleuses voyelles en lévitation!

Le silence a toujours un mot à la bouche

je l’embrasse et sa langue devient

baiser qui explose sous le palais

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On m’a parlée

et je suis devenue langue

fluide et tiède

langue de la solitude

Ensemble nous devisons du monde

nous sommes seules nous sommes sages

j’invente les mots qui me manquent

et la grâce de s’aimer n’a plus de secret

Mystère est une fiancée, je marie la solitude

elles enfantent un divin babil où se dresse la parole

Par la bouche je capture l’obscur

gravis la lettre et pénètre dans le chant

infiniment verdoyant

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La pluie allonge ses cils et balaye mes joues

blanche s’avance la cérémonie du sommeil

quand la soie des  songes tisse ma robe bleu-oubli

Pupilles de pluie, filles du ciel, oblitèrent la vie

en partant, poussez la solitude aux yeux pers